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L'Usine, c'est quoi ?

L’Usine c’est l’un des plus grands centres culturels autogérés d’Europe. C’est aussi une association regroupant 18 collectifs et associations, qui a établi son siège dans l’ancienne Usine Genevoise de Dégrossissage d’Or, attribuée par la Ville en 1989 à l’association Etat d’Urgences.
Elle propose une alternative culturelle et sociale riche, de par sa diversité, sa spontanéité et son engagement.

L’association revendique une éthique de vie et de travail fondée sur l’autogestion, le plaisir et l’ouverture aux autres. Le côté le plus visible de L’Usine est la programmation de spectacles, manifestations, fêtes, concerts et expositions dans les différents lieux qui la composent:

Le Kab propose sa programmation variée et « bruyante » s’étendant de la scène hardcore à des sons plus étranges comme du psychédélique en passant par de la noise, hip-hop ou encore reggae dub.

PTR (post tenebras rock) quant à lui, œuvre depuis les années 80 pour la promotion du rock à Genève. Dans cette visée, il produit ou coproduit des concerts et aide financièrement et techniquement des artistes, essentiellement des groupes locaux ainsi que des associations poursuivant des buts culturels et musicaux.

Le Zoo a pour vocation de représenter une palette large des tendances musicales électroniques et de la culture du dj’ing actuel. Le tout saupoudré d’une large couche de vj’ing de haut vol.

Le cinéma Spoutnik regroupe les amateurs-trices d’images en tout genre et de perspectives cinématographiques élargies, le tout dans sa salle aux canapés accueillants et aux couleurs chaleureuses.

Le Théâtre de l’Usine propose des productions indépendantes et vous ouvre les portes de ses différents spectacles avec un accent porté sur la danse contemporaine et les performances en tout genre.

Forde, l’espace d’art contemporain, a pour vocation d’exposer des artistes en dehors de toute contrainte institutionnelle ou commerciale, ceci en établissant une programmation indépendante de toute autre structure existante.

La buvette favorite des gais lurons et enfants de chœurs, le Moloko, se trouve, lui, au 1er étage du bâtiment. Il propose aussi des projections, expositions, discussions et un infokiosk.

Cette programmation se caractérise essentiellement par son caractère novateur, en marge du marché et de sa logique de profit.

Enfin, l’Usine c’est également une multitude d’ateliers et d’espaces de création. On y trouve le Studio des Forces Motrices, le studio Coffre-fort, le label Bru(i)t, l’atelier de sérigraphie Crache-papier, l’atelier d’Archi-couture (couture et architecture), l’atelier de graphisme Compost, le salon de coiffure le Cheveu sur la soupe, le studio photo Azzuro matto, le label Urgence disk,qui est également un magasin de disque,  l’atelier d’impression promoUsine, Radio Usine la bien nommée, Zorro & Bernardo, sans oublier des locaux de répétition.

L’Usine est un lieu d’apprentissages, laissant la possibilité à chacun et chacune de se former sur le tas, tout en visant une certaine rigueur et en connaissant une professionalisation grandissante – 20 ans d’existence et de pratiques socioculturelles pousse forcément dans cette voie. Elle privilégie aussi les interactions entre les différentes entités présentes au sein de son bâtiment, par exemple en constituant des chaînes de production pour la musique (locaux de répétition, studios d’enregistrement, label, lieux de concerts), ou en organisant des événements dans plusieurs espaces simultanément.

Mais l’association l’Usine (Etat d’Urgences jusqu’en 1998) est aussi une association à but non lucratif, qui fédère les différents groupes de programmation et les ateliers, tous constitués en associations autonomes. Elle fonctionne selon les principes de l’autogestion : il n’y a aucune délégation permanente du pouvoir décisionnel. Chaque membre ou personne active dans le lieu peut participer également à la prise de décisions lors de la réunion de gestion hebdomadaire. Celle-ci tente d’harmoniser les activités, programme des événements multidisciplinaires, assure les grandes lignes de la gestion de l’établissement, traite les affaires extérieures concernant la globalité du lieu. Si chaque groupe possède, par ailleurs, son fonctionnement propre, on peut dire que certaines idées et pratiques sont partagées par toutes et tous : rejet du profit comme seul but des activités, de toute forme de concurrence ou de hiérarchie entre les individus ainsi qu’entre les disciplines.

Les salariés qui travaillent dans les différentes associations sont engagés pour un travail à mi-temps mais tous.tes offrent beaucoup plus de leur temps à l’Usine de manière bénévole.De plus, les rôles ne sont pas figés et la polyvalence est de mise, l’Usine, plus qu’un centre culturel, est une école de la vie, du vivre avec les autres et pour soi, car elle privilégie l’épanouissement de ses membres.

Comment peut donc fonctionner cette belle utopie?

Les sources de financement des groupes de programmation sont constituées par les débits de boissons, les billetteries des spectacles et des soirées, et les cotisations de leurs membres (certaines manifestations peuvent recevoir des subventions exceptionnelles). Le sponsoring est exclu, l’Usine se refusant à relayer des intérêts commerciaux ou à promouvoir de la marchandise. En revanche, l’appel de certains groupes à des fonds publics – provenant de budgets  «culturels» – pour fonctionner est accepté, tant qu’ils restent entièrement libres au niveau de leur programmation. Ainsi la galerie Forde, le cinéma Spoutnik et le Théâtre se partagent une subvention annuelle de la Ville d’environ 300’000 francs, PTR recevant pour sa part 250’000 francs. Les programmateurs/trices et les permanents/es salariés/es le sont sur la base d’un tarif mensuel qui varie entre 1’800 et 2’300 francs par mois. La plupart des groupes bénéficient également de l’engagement de nombreux bénévoles. Dans une société où le bénévolat tend à disparaître, la cinquantaine de bénévoles qui s’investit quotidiennement dans les différentes associations contredit cette loi.

L’appauvrissement des centres culturels alternatifs à Genève

Depuis quelques années, la politique envers les lieux alternatifs s’est durcie. Après l’évacuation des squats de la Tour, de Rhino (bistrok, cave 12) et de l’Arquebuse, ainsi que la fermeture d’Artamis et du Goulet, c’est notre lieu qui est pointé du doigt aujourd’hui. Les pressions exercées sont nombreuses, l’Usine faisant office de dernier des mohicans de la culture alternative genevoise. La place et le rôle de celle-ci sur la scène culturelle genevoise semblent échapper à ses détracteurs. Dans leur combat pour une ville de Genève épurée de toutes marques de différence, ils ont décidé de pointer du doigt les lieux ne faisant pas partie de leur programme et L’Usine fait partie de ces « moutons noirs ». On aime à la rendre responsable de tous les maux : insalubrité, insécurité, trafic de stupéfiants. Or, si l’Usine devait disparaître, la ville perdrait un des derniers lieux proposant autre chose que de la consommation à outrance et ses habitué.e.s perdraient eux, un foyer, un espace qui non seulement les accueille mais aussi les berce dans la diversité et l’ouverture.

Dans le but de s’entraider « l’union fait la force », l’Usine a été le moteur d’un regroupement d’associations l’UECA (Union des Espaces Culturels Autogérés), qui regroupe une vingtaine d’associations et qui milite pour trouver de nouveaux espaces et maintenir ainsi une diversité des acteurs et des formes d’expressions culturelles en ville.

Conséquence : l’Usine est surchargée

Suite à la fermeture de différents centres alternatifs évoqués ci-dessus, les derniers espaces restants tels que le Zoo (Usine), le Kab-PTR (Usine) et l’Ecurie (Ilôt 13) sont aujourd’hui saturés par un public trop nombreux et des sollicitations de musiciens et de djs auxquelles ils ne peuvent répondre. Ces derniers mois, le Zoo a vu une augmentation croissante de son public pour les soirées que l’association propose les soirs de week-end. A tel point que les organisateurs et le service de sécurité de l’association sont contraints de bloquer l’accès aux soirées au moins une fois par week-end  dès 1h30 ou 2h, et ce sans possibilité de laisser entrer d’autres personnes jusqu’à la fermeture. Dans certains cas, c’est 100 voir 200 personnes qui se voient refuser l’entrée, la capacité de la salle n’étant pas illimitée. La situation génère des tensions autant du côté du public que du côté des organisateurs. Le public est fort mécontent de ne pas pouvoir profiter des concerts et fêtes proposées par l’association, une amertume d’autant plus forte qu’il n’ont pas d’autres  options sur lesquelles se rabattre.

La situation est préoccupante, il serait judicieux que les autorités prennent enfin leurs responsabilités et fassent en sorte que de nouveaux espaces publics voient le jour dans les semaines qui viennent afin de favoriser une meilleure répartition du public et de garantir une diversité de programmations musicales. La nouvelle génération qui souhaite découvrir la vie culturelle genevoise devrait pouvoir le faire à travers un choix diversifié de lieux de représentation et de diffusion.  Lien communiqué de presse

Touche pas à mon Usine !

Désormais l’Usine est l’un des derniers lieu alternatif de Genève sur laquelle s’exercent la majorité des pressions autrefois réparties sur de nombreux lieux. Tout d’abord, le problème des nuisances sonores qui reste d’actualité malgré les efforts de l’Usine comme l’installation de nouveaux sound systems pour les deux salles de concert.

L’interdiction de fumer dans les lieux publics est aussi un nouvel obstacle pour l’Usine.

Droit à la fête versus gentrification

Enfin, l’Usine est également victime des spéculateurs qui agissent depuis des années dans le quartier, un quartier populaire à vocation mixte : résidentiel, commercial et nocturne. Comme dans de nombreuses autres métropoles, la loi du marché et du travail dictent les limites de la vie nocturne. Pour une cité qui se veut internationale, le manque de vie nocturne et la précarisation des acteurs culturels démontrent  un manque de vision et d’ambition de la part des pouvoirs publics.

Source: usine.ch